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Douze éditoriaux : février

17 Février 2022, 16:25pm

Publié par Vincent Lalanne

Douze éditoriaux pour douze mois avant que j’arrête mon activité de consultant et de formateur le 1er janvier 2023, c’est la proposition que je vous fais pour cette année 2022. Ces textes sont repris des éditoriaux que j’avais écrit entre 2013 et 2016 pour la lettre culture de Territorial et d’autres textes que j’ai écrit depuis. Ceux que j’ai choisis sont toujours d’actualité et vous rappelleront quelques souvenirs, mais aussi quelques batailles de l’imaginaire qui ont jalonnées ces douze dernières années. Celui-ci date du 29 février 2016 (année bissextile) et il commençait par un poème.

L’espérance Andrée Chedid

J’ai ancré l’espérance

Aux racines de la vie

Face aux ténèbres

 

J’ai dressé des clartés

Planté des flambeaux

A la lisière des nuits

 

Des clartés qui persistent

Des flambeaux qui se glissent

Entre ombres et barbaries

 

Des clartés qui renaissent

Des flambeaux qui se dressent

Sans jamais dépérir

 

J’enracine l’espérance

Dans le terreau du cœur

J’adopte toute l’espérance

En son esprit frondeur.

Andrée Chedid, Poème publié dans l’anthologie Une salve d’avenir. L’espoir, anthologie poétique, parue chez Gallimard en Mars 2004

La société du bien être

Cette dernière partie portera sur les perspectives de cette nouvelle politique culturelle.

La question n’est pas donc tant quelle politique culturelle nous voulons, mais plus largement dans quelle société souhaitons-nous vivre ? Comme le dit Edgar Morin, dans quelle société du bien-être voulons-nous vivre ?   

Il ne s’agit plus de penser la culture et les politiques culturelles pour elles- mêmes, mais de les considérer au cœur des politiques publiques dans une relation permanente et étroite avec cette société.

Le mot clé est transversalité. Il ne suffit pas de le dire, de l’administrer, il faut aussi le mettre en œuvre : croiser nos enjeux et nos objectifs, croiser nos désirs, croiser nos pratiques professionnelles, croiser nos façons de faire, d’agir, de procéder. L’avenir est à l’interconnexion des ressources culturelles.

Cette dimension transversale de la culture peut aussi s’exprimer dans l’approche proposée par l’agenda 21 de la culture. Ce manifeste qui est aussi un outil au service des collectivités territoriales créé il y a 10 ans par l’association CGLU peut-être un bon appui méthodologique pour avancer vers ce renouvellement.

Je ne vais pas détailler ici les neuf engagements de “Culture 21 : actions” rédaction de cet agenda présenté il y a trois mois au sommet mondial de la commission culture de CGLU à Bilbao mais vous en rappeler les valeurs.

Culture, droits et citoyenneté

La culture est constituée par les valeurs, les croyances, les langues, les connaissances, les arts et les savoirs par lesquels une personne individuellement et collectivement exprime toute son humanité comme le sens qu’elle confère à son existence et à son développement. 

La culture est un patrimoine commun (…), chaque personne est porteuse de culture (…), c’est un processus qui permet de comprendre, d’interpréter et de transformer la réalité.

Les droits culturels sont partis intégrants des droits humains.

Les droits culturels garantissent à tous la liberté d’accès aux ressources culturelles qui sont nécessaires à son processus d’identification (Droit d’accéder à une diversité de ressources de qualité, liberté de choisir et d’exprimer son identité, encore faut-il avoir appris à (se) connaître.)

La démocratie culturelle constitue un élément fondamental d’une citoyenneté active et favorise la participation et le dialogue. » La dernière perspective dont je vais vous parler s’inscrit dans ce que j’appelle le triptyque des politiques culturelles : les artistes et les œuvres, les habitants et les modes de vie, les territoires de vie

Je n’ai pas pour l’instant parlé des artistes, des œuvres. Souvenez-vous de la citation de Bernard Maris : les sentinelles, la vigie, la proue du bateau, l’utilité totale...Pas de politique culturelle sans artistes. La place des artistes dans les politiques culturelles est l’axe principal de contenu de ces politiques, contenus fragiles tant la situation des artistes est précaire dans notre pays. Longtemps exprimée par le régime de l’intermittence des artistes et techniciens du spectacle vivant, la place des artistes ne peut se résumer à cette seule situation. Les artistes plasticiens, photographes, les auteurs qui n’accèdent pas à ce régime sont souvent dans des situations de réelle précarité (RSA).

La place hégémonique de Paris et de la Région Parisienne dans la création artistique et plus largement dans les industries culturelles se compense par des réseaux de diffusion artistique importants. Ils sont constitués de différents types d’espaces de diffusion labellisés tant au niveau national que régional ou départemental ou porté par les acteurs. Ce sont ces réseaux qui construisent et façonnent aussi la vie artistique et culturelle de nos territoires et apportent une offre abondante.

Au-delà de la situation sociale et économique, les artistes, en plus de l’humanité et de la fraternité dont je vous parlais au début, portent cet élément si précieux, si fragile et à la fois si indispensable à la vie que si je voulais le résumer en un mot je choisirais : la poésie, l’art du sensible. Cet élément éphémère qui n’est surtout pas un supplément d’âme ou une cerise sur le gâteau mais l’âme et le gâteau lui-même. Cet élément qui dépasse les mots, les théories, les gesticulations, pour nous toucher au plus profond et au plus intime de nos émotions et nous fait rire, pleurer, réagir, méditer, changer, aimer, se rencontrer….

Cet élément clé, sur une chose insignifiante tel que le goût de quelques miettes de madeleine dans le thé, peut bouleverser la littérature. Il est d’une certaine façon le fait de voir, de décrire et de vivre le monde.  Cet élément est indissociable de ce qui constitue notre,  nos cultures. Il y a aujourd’hui une inculture de la culture qui pourrait aller jusqu’à renier notre humanité et notre fraternité. Cette inculture nous a frappés violemment dans les massacres de janvier et de novembre dernier. Elle nous touche insidieusement chaque jour dans des petits gestes, des petits renoncements, des petits abandons, des « à quoi bon ? »

Il nous faut garder notre vigilance et saisir l’incertain pour construire demain et comme le dit Andrée Chédid « adopter toute espérance dans son esprit frondeur ».

 

 

 

 

 

 

 

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