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Douze éditoriaux pour douze mois....

19 Janvier 2022, 10:45am

Publié par Vincent Lalanne

Douze éditoriaux pour douze mois avant que j’arrête mon activité de consultant et de formateur le 1er janvier 2023, c’est la proposition que je vous fais pour cette année 2022. Ces textes sont repris des éditoriaux que j’avais écrit entre 2013 et 2015 pour la lettre culture de Territorial et d’autres textes que j’ai écrit depuis. Ceux que j’ai choisis sont toujours d’actualité et vous rappelleront quelques souvenirs, mais aussi quelques batailles de l’imaginaire qui ont jalonnées ces douze dernières années.

 

(Editorial du 19 janvier 2015)

"Ensemble, crayons, notre liberté! "

Tag lu place de la République un matin de la semaine dernière.

 

Ça se passe dimanche 11 janvier (2015) à 14h00 rue de l'Orillon à Paris dans le quartier de Belleville où sur le même trottoir se trouvent une école juive, une épicerie casher, une boucherie halal, un restaurant thaïlandais, une boulangerie...un coin du monde sur un coin de trottoir. Un homme passe, habillé en djellaba noire avec une doudoune bleue sans manche. Il dit sans crier mais d’une voix forte qu'il n'est pas Charlie mais qu'il est du nom du terroriste qui a tué quatre personnes juives dans l'Hyper Cacher de la Porte de Vincennes. Nous le regardons traverser le boulevard àgrandes enjambées, atterrés et sans voix. M me dit: « tu as bien entendu ce qu'il a dit? » Oui je l'ai bien entendu. Nous n'avons rien dit, rien fait. L'ombre de cet homme m'a accompagné toute l'après midi de République à Nation, alors que la foule sage et serrée criait et chantait: " je suis Charlie".

Ça se passe l'avant veille dans une école primaire de la banlieue parisienne lors de la minute de silence en mémoire des personnes tuées dans les massacres des trois précédents jours. Des enfants de 10 ans ont refusé de respecter cette minute de silence au prétexte que les dessinateurs de Charlie l'avait bien cherché par leurs dessins et que s'ils étaient morts c'étaient de leur faute! (Je cite de mémoire les propos de l'instituteur, voir article ici).

Ça se passe aussi plus insidieusement dans certains bureaux des administrations françaises, où lundi matin on n’osait pas se parler pour ne pas montrer son désaccord avec la marche républicaine de la veille dans laquelle on n'était pas parce qu'on ne se sent pas vraiment Charlie... Parce que ces questions de liberté d'expression nous passent par dessus la tête, parce qu'on n’a pas de point de vue, parce que ce qu'on dit n'est de toutes les façons jamais entendu...

Notre société est malade depuis longtemps, nous en connaissons les virus ou microbes et les symptômes qui petit à petit la gangrènent. Nous voyons certains remèdes portés par des charlatans qui nous disent que cette maladie vient de l'extérieur, qu'il faut fermer nos frontières, qu'il faut se replier sur nos valeurs millénaires, que nous sommes dans une stratégie suicidaire et tutti quanti…

Aujourd'hui il faut refuser ces remèdes d'apothicaires hystériques, rejeter toute forme de refus de l'autre du fait de sa différence, de sa couleur de peau, de sa religion... Quatre millions de personnes dans la rue l'ont exprimé en criant le nom de ce personnage des Peanuts de Schultz, Charlie Brown, le maître de Snoopy, choisi par Cavanna, Choron et Defeil de Ton lors de la création de Charlie Hebdo en 1969. Quelle destinée!!!

Je me souviens, quand mon fils était petit nous achetions un livre jeu édité par Martin Handford qui s'appelait « Où est Charlie? » Il s'agissait de retrouver un personnage, Charlie, dans un imbroglio de figurines et d'objets dessinés sur de grandes pages. Depuis ces funestes mercredi 7, jeudi 8 et vendredi 9 janvier je cherche, nous cherchons où est notre Charlie en nous et dans les autres que nous croisons tous les jours, ce Charlie expression de notre liberté, de notre fraternité, de notre humanité. Il est pour nous, acteurs culturels, dans tous les possibles de nos actions culturelles et éducatives. Il est dans ce que Jean Gabriel Carasso nous rappelle, la bataille de l'imaginaire pour que l'éducation et la culture soient au cœur des politiques publiques.  C'est un combat, dit-il. Un combat avec des crayons, du papier, des mots et des gestes, des sons et des expressions...un combat pour la vie....

Avec mon crayon informatique, écrire aujourd'hui ne se fera plus comme hier.  Écrire aujourd'hui se fera toujours avec Charlie.

 

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/9cad65ce-98f8-11e4-a324-342caa6c994c/Consternation_certains_élèves_français_justifient_les_assassinats_de_Charlie_Hebdo

 

 

 

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